La comédienne, William Somerset Maugham
Elle souffrait, malgré l’entrain factice qu’elle avait montré dans la journée, et ce fut presque sincèrement qu’elle soupira auprès de lui sur le vide de son existence, lui confiant que ses succès ininterrompus ne l’empêchaient pas d’avoir des regrets et qu’elle était passée à côté de bien des choses. La villa de Sorrente, la baie de Naples, quel beau rêve! Peut-être y aurait elle trouvé le bonheur. Elle avait été bien sotte de refuser: après tout, les triomphes de la scène n’étaient qu’illusion.

Pas grand’chose à en dire: un portrait de femme bien fade. C’est plat, ca manque de relief psychologique, la narration est linéaire et très classique. Les expressions sont un peu vieillottes, sans que j’arrive à déterminer si c’est voulu par l’auteur, par le traducteur (non mentionné dans l’édition 10/18 que j’ai sous les yeux) ou si le texte est tout simplement daté (l’original date de 1937). C’était le premier roman de William Somerset Maugham que je lisais, et je ne suis pas persuadée d’en lire un autre.




Bonne année

bande de gens!
Que 2009 vous apporte tout ce dont 2008 vous a privé, et que les bonnes choses restent toujours aussi belles!




Dalva, Jim Harrison
Je me suis réveillé en sursaut à l’aube avec l’impression que quelqu’un m’épiait par la fenêtre. Cédant à une rare impulsion héroïque, je me suis précipité dehors en caleçon, mais il n’y avait personne sinon les chevaux qui me regardaient du corral. Ça ne dort donc jamais, ces bêtes-là? Le long de la rivière, les oies ont entonné un raffut nasillard, le ciel qui rougeoyait à l’est nimbait tout le paysage d’une lueur rosâtre. J’ai entendu les palpitations excitées de mon coeur ainsi qu’un oiseau que j’ai reconnu comme un engoulevent. Je me suis vaguement demandé si les Indiens se levaient toujours à l’aube, ou bien si, l’ennui aidant, ils faisaient parfois la grasse matinée comme les gens normaux. En tout cas, le vieux Northridge ne manquait sans doute jamais la première lueur du jour. Un passage de ses journaux indiquait qu’il cheminait toujours à pied ou à cheval dès que la lune était assez grosse. A chacun ses habitudes, j’ai pensé, mais de fait l’esprit émet sans cesse des commentaires que la voix à la sagesse de ne pas divulguer.

Je n’avais lu que retour en terre et légendes d’automne de Jim Harrison, le premier ayant été un peu trop sombre, le second ne m’ayant pas entièrement convaincue. Là, par contre…
Une histoire très riche, à plusieurs narrateurs, cohérente. (Dalva elle-même et Michael, son amant professeur d’université raté, qui déchiffre les journaux des aieuls de Dalva). De très beaux portraits de femmes et un regard critique sur l’histoire des Etats Unis, mais pas que ca: il y a deux véritables intrigues qui trouvent leur dénouement à la fin du livre. Une bonne saga très agréable à lire au coin du feu (ou dans le métro).




La veillée des abysses

de James Thiérée, au theâtre du rond point.
Quel émerveillement! J’avais déjà été enthousiasmée par le “cirque invisible” de ses parents (Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thiérée) il y a quelques mois, et l’on retrouve dans ce spectacle certains des éléments qui m’avaient tant plu.
Ce n’est ni du cirque, ni de la danse, ni du théâtre, mais tout cela à la fois. On rit, on a les larmes aux yeux. Il n’y a pas d’histoire mais tout est parfaitement compréhensible, rien n’est gratuit, c’est féérique. Et bien évidemment, archi complet. Au cas où, quand même (surtout que la compagnie est lausannoise et tourne beaucoup)..
A Paris, c’est au théâtre du rond point, jusqu’au 4 janvier (14euros pour les moins de 30 ans).




L’échange, de Paul Claudel, à la Colline

mise en scène Yves Beaunesne. (fini depuis le 14 décembre)
Je ne sais pas ce qui m’a le plus déplu: la pièce ou la mise en scène. La pièce, avec ses monologues absolument insupportables imprégnés d’un catholicisme bien pensant si daté qu’il en est insupportable, ou la mise en scène d’un classicisme si éculé qu’il en devient risible?
Avec en plus des acteurs pas forcément mauvais mais obligés de jouer de façon absolument et définitivement chiante.
Vous l’aurez compris, je n’ai pas aimé du tout, d’ailleurs la moitié de la salle était vide et pour une fois, on était 3 à avoir la même opinion. Si le spectacle part en tournée, courage, fuyez.




Chicago May, Nuala O’ Faolain
May s’entendait à jouer des rôles. Quand elle s’entendit dire qu’on recherchait des girls pour le spectacle musical à succès Belle de New York, elle n’hésita donc pas un instant à poser sa candidature, alors qu’elle n’avait sans doute jamais mis un pied sur une scène de sa vie, ni appris à danser ou à chanter. Des jeunes hommes élégants, en ville, avait courtisé et parfois épousé des actrices, des danseuses et des girls.

Très décevant (surtout pour un livre écrit par Nuala O’ Faolain) Ca se présente comme une véritable biographie, mais en fait c’est surtout un prétexte pour revenir sur l’histoire de l’auteur elle-même. Ca rend la lecture désagréable, du fait du mélange entre le “je” et le “elle”. Surtout qu’il n’y a effectivement pas beaucoup de renseignements sur Chicago May, ce qui corse la difficulté de l’entreprise. Tout le livre repose donc sur des suppositions et des généralités, comme le montre l’extrait ci-dessus.
C’est clairement affiché dès le prologue mais devient de plus en plus pesant, car Nuala O’Faolain n’arrive pas à concevoir que cette femme ne soit pas animée des mêmes sentiments/intentions/arrières pensées qu’elle, et ce sur la simple base du fait qu’elles aient toutes les deux été des Irlandaises sans enfants.
A mon avis c’est un peu maigre pour échafauder des hypothèses telles que celles présentées tout au long du livre. Et comme Nuala O’ Faolain a déjà écrit 2 autobiographies (eh oui!), je me dis que lire celles ci serait sans doute plus agréable que de tenter de déchiffrer ce mélange de lieux communs et de réflexion personnelle. Cependant, l’ouvrage a reçu le prix femina en 2006, et est édité en poche chez 10-18, donc il semblerait que je sois une des seules qui ressentent ces émotions à la lecture.




Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, Vikas Swarup.

-Quel nom avez-vous donné à ce garçon?
- Joseph Michael Thomas.
- N’est-ce pas un nom chrétien?
- Si, mais…
- Comment savez-vous qu’il est né de parents chrétiens?
- En fait je n’en sais rien.
- Alors pourquoi lui avoir donné un nom chrétien?
- Il fallait bien que je lui trouve un nom. Qu’est-ce qui ne va pas avec Joseph Michael Thomas?
- Tout. Ignorez-vous, mon père, la force de l’opposition à la conversion dans cette région? Plusieurs églises ont été incendiées par la populace en colère, à qui on a fait croire qu’elles servaient de lieu aux conversions massives au christianisme.
- Mais il ne s’agit pas d’une conversion.
- Écoutez, mon père, nous savons que vous n’aviez aucune arrière pensée. Mais le bruit court que vous avez converti un petit hindou.
- Comment savez-vous qu’il est hindou?
- Ça n’aura pas d’importance aux yeux de la foule enragée qui viendra saccager votre église demain. C’est pour ça que nous sommes venus vous aider. Pour calmer les esprits.
- Et que me suggérez-vous?
- Ma foi… Lui donner un nom hindou pourrait régler le problème. Pourquoi ne pas l’appeler Ram, d’après l’un de nos dieux favori? a dit M. Sharma.
M. Hidayatullah a toussoté discrètement.
- Pardonnez-moi, monsieur Sharma, mais le remède n’est-il pas pire que le mal? Allons, qu’est-ce qui nous prouve que ce garçon était hindou à la naissance? Il était peut-être musulman, vous savez. Pourquoi ne pas l’appeler Mohammad?
Dans la demi heure qui a suivi, M Sharma et M. Hidayatullah ont débattu des mérites respectifs de Ram et de Mohammad. Finalement, le père Timothy a capitulé.
- Écoutez, s’il suffit d’un changement de nom pour éviter une émeute, je le ferai. Et si j’acceptais vos deux propositions et appelais le garçon Ram Muhammad Thomas? Comme ca, tout le monde y trouverait son compte.
C’est une chance pour moi que monsieur Singh ne soit pas venu ce jour-là.

C’est un livre à la fois drôle et triste où l’on apprend (entre autre) que la richesse d’un Indien se mesure à la taille de sa télé et où l’on découvre comment un serveur peut gagner un milliard de roupies. C’est un texte (édité en poche chez 10/18) très divertissant, où seule l’intrigue rend compte du lieu où l’histoire se passe: le style est beaucoup moins “exotique” que ce que je craignais, ce qui a fait de ce bouquin le compagnon idéal de cette semaine de grèves en tout genre.

[Cresson: merci à la personne qui me l’a conseillé.]
[Cresson²: je n’ai plus que 3 livres dans ma pile, si vous avez des idées, je suis preneuse… Seules conditions: des livres en francais ou en allemand, trouvables en bibliothèque.]




Soie, d’Alexandro Barrico

Le matin du dernier jour, Hervé Joncour sortit de sa maison et se mit à errer à travers le village. Il croisait des hommes qui s’inclinaient sur son passage et des femmes qui, en baissant les yeux, lui souriaient. Il comprit qu’il était arrivé non loin de la demeure d’Hara Kei quand il vit une immense volière qui abritait un nombre incroyable d’oiseaux, de toutes sortes: un spectacle. Hara Kei lui avait raconté qu’il les faisait venir de tous les endroits du monde. Quelques-uns d’entre eux valaient plus que toute la soie produite par Lavilledieu en une année. Hervé Joncour s’arrêta pour regarder cette folie magnifique. Il se souvint d’avoir lu dans un livre que les Orientaux, pour honorer la fidélité de leurs maîtresses, n’avaient pas coutume de leur offrir des bijoux: mais des oiseaux raffinés, et superbes.

C’était beau, même magnifique. Trop court, bien évidemment, mais épuré pour que rien ne parasite le propos de l’auteur. Je me suis régalée, repoussant le plus possible la fin de la lecture pour savourer encore les mots qui décrivent cette histoire de passions et de voyage. Et du coup, j’ai peur de trop en dire, et l’extrait sera plus long que mon baratin!




Musée haut, musée bas, Jean Michel Ribes

Du cinéma, pour une fois. Ce film est malheureusement inégal, mais globalement, j’ai passé un excellent moment. C’est un film à saynètes (si tant est qu’on puisse dire qu’un film est composé de pièces en un acte, mais vous voyez l’idée, quoi -oui, j’aime pas le mot “sketch”) et certaines sont excellentes (d’autres tout juste bonnes à mon goût). Malheureusement, l’histoire centrale, celle de l’envahissement du musée par la nature, est mal menée et racontée de manière assez plate (à mon avis Ribes aurait mieux fait d’économiser son budget “effets spéciaux” pour autre chose).
Mais la galerie de portraits (visiteurs, guides, ministre, conservateur, artiste…) est très savoureuse. Les acteurs sont tous excellents, et du fait de la construction en épisodes, les plus insupportables deviennent drôles (j’ai même souri à une réplique de Lucchini, c’est vous dire). Mention spéciale à la guide qui ouvre le film, (Julie Ferrier?) et aux apparitions d’Alfredo Arias et d’André Dussolier.
Le décor paraitra familier aux habitués des musées parisiens, j’y ai reconnu des salles du Louvre, du grand Palais (surtout les extérieurs), de la cité de l’architecture. Ca ajoute au charme du film, mais du coup je me demande si ce film ne serait pas uniquement destiné à un public intello parisien (la salle était très mitigée).
En tout état de cause, c’est un film dont on peut attendre avec joie la diffusion en dvd ou sur arte. (Parce que comme ca on paye moins et on peut zapper). Ceci dit, entre sa programmation au théâtre du rond point et ce film, je commence à apprécier Ribes.




Histoire d’Omaya, Nancy Huston
Elle est coincée. Encore une fois elle s’est coincée et Omaya se débat avec. J’ai passé ma vie à me débattre avec les fermetures Eclair, il me semble que je n’ai jamais fait que ca, essayer d’enfoncer le petit bout métallique dans le trou, ca entre mais ensuite ca se coince, je n’arrive pas à tirer la languette, mes doigts sont gigantesques et gourds, Omaya voit chaque ride autour de chaque phalange, profonds sillons dans la chair sèche, peaux rongés sous les ongles, taches blanches dessous, les doigts d’Omaya tentent de faire glisser la fermeture Eclair mais elle est cassée, j’en suis sûre, elle ne marchera plus jamais et j’ai si froid, les doigts s’irritent, agitent la languette, tirent violemment dessus, ca se coince, et là, sous l’épaisse frange forestière, mes pores commencent à exsuder un liquide visqueux, les autres ne peuvent pas le voir mais ils me trouvent risible, voilà dix minutes que je m’acharne sur cette languette et je n’en suis pas venue à bout…

[Histoire d’Omaya, Nancy Huston]

Du pur Nancy Huston, avec cette finesse d’écriture qui en fait l’un de mes auteurs préférés. Dans ce livre, elle mélange adroitement le je et le elle (Omaya) et la frontière narratrice/personnage principal s’efface. On en arrive à comprendre cette femme, loin de tout ce que l’on appelle la normalité, et pourtant parfaitement humaine. C’est un roman bref mais dur, qui reste profondément dérangeant même après la lecture.
Ce n’est pas par ce texte que je conseillerais de découvrir l’auteur franco-canadienne, mais cela reste un très bon opus, paru dans la collection Babel (collection de poche d’acte sud).




La citation du moment

Ce que j'ai appris, je ne le sais plus. Le peu que je sais encore, je l'ai deviné.

Chamfort (Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de)

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  • bon. ca s'arrange carrément pas. Et qui va sans doute passer son après midi chez le doc demain? (contaminant toute la salle d'attente...) 7 hrs ago
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