Eduquer au XXIème siècle, par Michel Serre

Le philosophe français Michel Serre partage dans cet article sa vision de l’enseignement et de l’éducation au XXIème siècle. Il dresse les portraits des élèves et des connaissances d’aujourd’hui.

Sa vision est très pessimiste, en ce qui concerne la perception par les générations précédentes des connaissances de ce jeune élève. Je pense pourtant que jamais les jeunes n’ont autant lu qu’actuellement; mais cet acte se déroule surtout hors de l’enceinte scolaire. Quelle frustration pour nous, enseignants! Ecoutons-nous: “nos élèves ne veulent plus lire! Au feu, Molière, Racine, Corneille! Ils ne savent plus apprécier la lecture. Ils ne lisent plus. ” Faut-il que nous ayons des Å“illères! Ouvrons les yeux, regardons un peu hors des quatre murs sacré de notre classe! L’écrit est omniprésent dans notre environnement; plus que jamais. La lecture n’est plus un acte de savoir, mais un acte purement utilitaire, un automatisme, un sens qui s’ajoute à la vue, l’ouïe et les autres lorsqu’on se déplace en ville. Le jeune lit, donc, par la force des choses, affiches, placards, panneaux, publicités, numéros de bus, tarifs, horaires,…

Le jeune d’aujourd’hui rédige, écrit aussi; mais rarement à la main (sauf à l’école, naturellement; on ne va quand même pas remettre en question 4000 ans de culture éducative, non?). Vous jugez ses écrits médiocres? Son orthographe déplorable? A vos yeux, seulement. Il est vrai qu’il ne s’adresse pas à vous, mais à ses contemporains. Ses écrits véhiculent sa culture et est adaptée aux moyens de diffusion qu’il utilise quotidiennement (SMS, IRC,…). C’est aller un peu vite en besogne que d’oublier que l’imprimerie à permis la diffusion à grande échelle d’autres écrits que la Bible, que la mécanisation de celle-ci a engendré la multiplication des écrits à très grande échelle (journaux, romans, affiches,…) et que l’ordinateur commence seulement à dématérialiser. Les 160 signes des SMS vous paraissent dérisoires. Mais à coup de 20, 30 ou 40, si ce n’est pas centaines de SMS quotidiens, nos jeunes écrivent bien plus que le plus passionné des amoureux épistolaire a pu écrire de lettres à sa douce durant le même temps. 160 caractère, fois 100, cela fait quand même 16’000 caractères. Et le tant décrié langage SMS est en fait un vecteur de communication très efficace et économe en caractères. Imaginez les idées que l’on peut dans ce cas colporter avec 16’000 d’entre-eux! Enfin, ayant ces derniers temps visité plusieurs châteaux, je ne vois guère en quoi les SMS d’aujourd’hui sont plus pauvres que les centaines de graffitis médiévaux qui courent les murs des salles d’arme ou de chevaliers.

Ah, oui, Molière. Déjà jeune, les lectures scolaires me barbaient au plus haut point. Je ne peux aujourd’hui blâmer mes élèves de penser la même chose. A l’époque, parfois, une lecture trouvait grâce à mes yeux et devenait une clé qui m’ouvrait une nouvelle porte de la littérature; alors que d’autres mes sont restées hermétiquement fermées (et le sont pour certaines toujours à ce jour).

Alors, mes élèves n’aiment pas lire en classe? Qu’importe, puisqu’ils sont de grands lecteurs hors de ma classe.

La conclusion, je la laisse à Michel Serre: je voudrais avoir dix-huit ans, l’âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/05/eduquer-au-xxie-siecle_1488298_3232.html

3 comments

  1. J’aime assez (pour ne pas dire beaucoup, je suis oudique) votre bloc-notes sans doute parce que je partage un certain nombre de points de vue ou d’experiences. Cela dit, je vous trouve, pour ce billet, tres reducteur. Pour avoir lu l’article de Michel Serres, (dont j’apprecie d’ailleurs particulierement un certain nombre d’analyses et de pensees, autant que le personnage lui-meme) je ne crois ni en son pessimisme, ni ne comprends dans son propos, le deception d’une nouvelle civilisation naissante inculte (ou mal cultuvee). Au contraire meme, je ne lis, a ce propos, que la constation d’une education a adapter, pour qu’elle conserve encore un sens dans un monde different, cette education ne pouvant etre le seul fait de l’institution educative.
    A en croire vos divers propos ici transcrits, je pense d’ailleurs que vous etes deja dans ce mouvement d’adaptation necessaire, avec semble-t-il la passion et l’envie necessaire.
    Felicitations donc, bon courage, mais s’il vous plait relisez l’article de Michel Serres avec un autre recul.
    Bien cordialement,
    DD

  2. Bonjour et merci pour ce commentaire encourageant.

    Michel Serre dresse tout d’abord un portrait que je qualifierai de peu avantageux des jeunes d’aujourd’hui, d’où le terme de vision pessimiste. Il constate en effet une rupture entre la jeunesse et son univers culturel et le monde de la (les) génération(s) précédente(s). Cette rupture est en partie d’origine technologique – et c’est d’autant plus frappant de constater que les jeunes ne sont pas à l’origine de ces technologies, puisqu’elles ont été développées par leur pères; mais que ce sont eux qui en ont développé des usages qui leur sont propres – et pas seulement générationnelle.

    En relisant mon billet, je constate en effet une erreur de ma part; un raccourci tellement court que, comme le langage SMS, il engendre des mécompréhensions. Michel Serre ne porte pas une vision pessimiste sur les connaissances des jeunes, mais sur la perception de ces connaissances par les générations précédentes. Ainsi, mon billet est un modeste complément à sa plaidoirie en faveur des jeunes, basée se mes observations et expériences personnelles.

    Je vous remercie donc d’avoir mis la souris sur ce problème et vais m’empresser de corriger cela.

  3. Bonjour
    J’ai fait lire à mes étudiants le très beau texte de Serres et ils en ont été ravis. Ravis d’y lire l’espoir, le respect, ravis de se sentir compris et non jugés.
    Ravis qu’on imagine un futur avec eux.
    Et je copie-colle le texte de Serres que j’envoie à qui veut le lire

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