Ukraine

Yulia TimoshenkoL’Ukraine est un nom qui véhicule une forte charge historique et mythologique. Tantôt indépendante, tantôt russe, polonaise, et j’en passe. Un pays de plaines et de fleuves, et de lieux aux noms évocateurs; Odessa, la perle de la Mer Noire, Kiev, Yalta, où Roosevelt, Churchill et Staline créèrent le monde dans lequel je suis né et ai vécu, un monde qui n’a rien à voir avec le glamour d’un James Bond et où les missiles balistiques sont bien réels. Mais l’Ukraine, c’est aussi Donetsk et son bassin minier ainsi que Tchernobyl. L’Ukraine, c’est surtout le pays des blés blonds qui ondoient sous le vent des plaines. Un pays de rires, de peines, de chants et de danses.
L’Ukraine, aujourd’hui, c’est surtout une démocratie de 15 mois, mais une démocratie exemplaire, avec un réel jeu d’alternance et de coalitions, et surtout une opposition crédible. Petit résumé de la situation.
On se souvient de Viktor Iouchtchenko, l’homme à la face grêlée de cratères lunaires suite à son mystérieux empoisonnement durant la dernière campagne présidentielle. On se souvient surtout du déferlement orange et de sa révolution du même nom quand le rival de Iouchtchenko, un certain Viktor Ianoukovitch avait tenté de bidonner l’élection présidentielle, il y a un peu plus d’une année de cela.
Entre temps, le mouvement orange, pro-occidental, a éclaté. L’égérie de la “Révolution orange”, la jolie petite Princesse Leila ukrainienne, je parle bien sûr de Yulia Timochenko, avec ses cheveux rappelant les champs de blés ukrainiens et sa coiffure tradtionnelle, aussi jolie qu’intelligente et politiquement redoutable; Yulia, donc est passée dans l’opposition. Et avec elle un bloc massif des électeurs orangistes. Affaibli, engoncé dans sa vision pro-occidentale et très mollement soutenu par l’Union Européene, toujours aussi peu réceptive des changements géopolitiques majeurs sur son continent, Iouchtchenko a reçu le coup de grâce cet hiver, quand Poutine a fermé les vannes du gaz russe. La population s’est alors rendue compte qu’elle ne pouvait pas omettre son grand voisin de l’Est, surtout au vu du peu de soutien que l’Europe a manifesté, surtout occupée à vérifier la pression dans ses propres gazoducs.
Ainsi, les élections législatives de ce week-end on été une vraie gifle pour Iouchtchenko, dont son parti, « Notre Ukraine », ne recueille que 14% des voix. Viktor Ianoukovitch, le candidat de Poutine aux élections présidentielles, fait lui son grande retour en grâce. Les votes du bassin minier de Donetsk, massivement pro-russe, combinés à l’avertissement gazier de Poutine ainsi qu’à l’éclatement de la sphère orange ont contribué à créditer son « Parti des régions » de 31% des voix.
Mais la grande gagnante sera sans doute Yulia Timochenko. En effet, avec 22% des voix pour son « Bloc Timochenko », elle se pose comme la seule alternative pour Iouchtchenko. Une coalition orange permettrait d’avoir la majorité absolue. Splendide retour de Yulia, ancienne chef du gouvernement de Iouchtchenko, de février à septembre 2005. Elle se pose comme la pierre de voûte d’une coalition pro-occidentale, réunifiant le camp orange et propulsant Yulia Timochenko comme personnage le plus puissant d’Ukraine, futur premier ministre.
Mais Viktor Iouchtchenko, probablement inquiet devant le potentiel de Yulia, fait traîner en longueur, allant jusqu’à engager des négociations avec l’ennemi, le camp pro-russe de Ianoukovitch ! Yulia Timochenko promet ainsi de passer à l’opposition si Notre Ukraine coalise avec le parti des Régions.
Dans tous les cas de figures, il est certain que c’est la fin de la politique unilatérale pro-occidentale. Vladimir Poutine restera un homme qui compte en Ukraine.

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