L’Ukraine dans le flou

Viktor IouchtchenkoL’Ukraine nage toujours en pleine incertitude. Près d’une semaine après les élections législatives, durant lesquelles le peuple a décerné une gifle monumentale au parti du président Iouchtchenko, rien n’est encore fait. Le président se trouve dans l’obligation de former une coalition pour pouvoir continuer à gouverner. Or, deux choix s’offrent à lui : s’allier avec le Bloc de Yulia Timochenko, la pasionaria de la révolution, et son ex-premier ministre, ou s’allier avec son ancien adversaire politique, le pro-russe Ianoukovitch. Timochenko et Iouchtchenko sont issus du même camp, le camp orange, du nom de la révolution ukrainienne qui a porté l’actuel président au pouvoir. Mais c’est là que s’arrêtent leurs points communs. Yulia Timochenko et Viktor Iouchtchenko ne s’entendent pas. Or une telle coalition signifierait un poste de premier ministre pour Timochenko, ce qui ferait d’elle la personne la plus puissante d’Ukraine. Iouchtchenko le sait, et le redoute. Il a donc ouvert des négociations avec son grand adversaire Ianoukovitch. Selon Viatcheslav Igrounov, directeur de l’Institut international d’études politiques et humanitaires, cité par l’agence de presse russe RIA Novosti, une coalition orange ne serait pas stable, tant les visions politiques de l’Ukraine sont différentes entre les deux leaders orangistes ; Iouchtchenko étant un libéral affirmé et pro-américain, Timochenko, quant à elle, s’appuyant plus sur la majorité de la population, lasse de la corruption et de la mainmise des fonctionnaires sur la marche du pays.
En se tournant vers Ianoukovitch, Iouchtchenko peut ainsi passer pour le champion de l’union nationale en réunissant les sphères pro-russes et pro-occidentales et surtout en réunissant les régions; le Sud et l’Est étant massivement pro-russes et opposés aux autres régions.
Mais tourner le dos à Yulia Timochenko est dangereux. Car non seulement elle emporterait avec elle dans l’opposition 22% des électeurs qui ont voté pour elle, mais aussi tous les déçus du camp présidentiel. Ainsi, Yulia pourrait organiser une opposition forte et puissante à la Rada, le Parlement ukrainien.
Dans tous les cas de figure, la jeune et vigoureuse démocratie ukrainienne risque de perdre de sa stabilité. Entre Iouchtchenko, inféodé aux Etats-Unis (il vient du reste de téléphoner au vice-président américain Dick Chenay pour examiner la situation politique après les législatives en Ukraine), et Ianoukovitch, le candidat de Poutine, est-ce que la troisième voie sera celle de Yulia Timochenko ? Il n’y a qu’une chose de sûre : la principale absente de ce scrutin, c’est l’Union Européenne.

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